Carnet de route
Aiguille de l'M : Frêtes des Charmoz
Le 21/06/2026 par Miche
La journée s’annonçait extrêmement chaude. Nous (Antoine (alias Anoite) - Eric, Philippe (alias Gainator) - Florence, Ediz - Miche) sommes partis vers 6 h 45 du CAF du Pays de Gex. Anoite avait mal dormi ; l’arête des Varo lui était un peu restée en travers de la gorge, il en toussait encore un peu. Avec lui, nous avions déjà pas mal souffert de la chaleur à la Tournette la veille. Le reste du groupe, lui, était en pleine forme.
Arrivés à la gare supérieure du Montenvers, la journée a bien commencé : Miche s’est perdu au bout de 100 mètres, nous offrant un petit détour touristique au-dessus de l’hôtel.
Déjà, la montée au pied de l’arête annonçait une journée des plus ensoleillées et chaudes. Miche insiste sur la gestion de l’eau, qui risque d’être compliquée. On se prépare : répartition des friends et des câblés, dégaines au baudrier, sangles autour du torse. Une fois la longueur des cordes ajustée, nous nous lançons dans l’arête. L’ambiance et le rythme sont bons. Nous avons perdu un peu de temps à l’approche, mais cela devrait vite se récupérer.
Viennent les premières difficultés, que l’on passe sans peine, en se demandant qui doit passer en premier et en rigolant de la progression de certains, à califourchon sur le fil du rasoir. Le parcours est très aérien, l’ambiance magnifique, mais la température est infernale. Heureusement, un peu d’air nous “rafraîchit”. On aperçoit des parapentes très haut au-dessus des Aiguilles Rouges et de Chamonix.
Malgré quelques bouchons, qui permettent à Ediz et moi de nous restaurer, tout se passe tellement bien que nous avons trois quarts d’heure d’avance sur l’horaire prévu en arrivant à l’échappatoire. Tout se profile pour que le plan se déroule sans accros, comme toujours avec la A-Team. Le groupe est au top et l’ambiance excellente. Rien ne laissait présager les problèmes à venir.
Nous nous lançons dans la dernière partie, qui ne devrait pas comporter de difficulté particulière. Les enjeux techniques majeurs sont derrière nous. Il reste un petit pas athlétique de quelques mètres, puis le sommet à rejoindre.
Soudain, nous voilà arrêtés devant une portion pourtant facile. Anoite s’est engagé dans une traversée, mais se retrouve bloqué par une cordée qui n’avance pas. Gainator et Florence attendent tranquillement sur une plateforme lorsque nous arrivons avec Ediz. À gauche, la traversée ; à droite, une belle fissure verticale. Elle me fait de l’œil. De plus en plus. N’aimant pas attendre inutilement, je finis par craquer et m’y engage.
Je ne sais pas pourquoi, mais je me mets au taquet alors que c’est d’une facilité déconcertante et d’une beauté incroyable. Enfin un peu d’escalade ! Ediz me rejoint sans problème, preuve que les cours de Mathilde portent leurs fruits. J’essaie de convaincre Philippe de nous suivre, mais il préfère attendre pour passer par l’itinéraire plus facile avec Florence.
Une fois en haut de la fissure, impossible de voir ce qui bloque devant ni où en est Anoite. Nous attendons que la situation se débloque quand, à ma grande surprise, je vois apparaître Éric, l’AMM d’une cordée derrière nous. Le bougre est aussi impatient que moi ! Il a dépassé Anoite. Sa cordée nous dépasse sans mal, mais, ne vous inquiétez pas, nous les retrouverons plus loin.
Finalement, ça se débloque et Anoite passe, suivi peu après par Éric.
Nous continuons sur l’arête… avant de nous retrouver à nouveau bloqués. Cette fois, c’est notre AMM et sa compagne, elle nous fait un bon coup de Calgon sur un passage pourtant sans grande difficulté. Dans ces moments-là, on fait toujours les meilleurs choix : s’engager là où ça ne passe pas, choisir des culs-de-sac… Bref.
Voyant cela, Anoite et moi intervenons pour débloquer la situation. Ça finit par payer : Fran se calme un peu et nous pouvons repartir. Mais une question se pose : où est Philippe ?
Il faut que je vous raconte l’histoire du vieil alpiniste et de son petit-fils. Armé de sangles datant de la Seconde Guerre mondiale, d’un huit, d’un treillis militaire, d’un sac commando de 60 litres et de tricounis flambant neufs, il a dépassé Philippe à la faveur de la confusion. Il était suivi de son petit-fils, affublé d’une écharpe irrégulière confectionnée avec une corde de 100 mètres sortie tout droit des années disco. Certains de ses anneaux de buste servaient à ramasser la poussière.
Malheureusement, leur efficacité n’était pas au rendez-vous, et nous avons dû subir encore 30 minutes d’attente pour quelques manœuvres et un simple pas de désescalade que Florence passera sans peine.
J’ai demandé à Anoite de continuer pendant que nous attendions Phil et Flo. Cette attente m’a paru interminable. La fenêtre se refermait sérieusement. Notre avance avait disparu depuis longtemps ; nous courions désormais après l’horaire.
Arrivés au pied de la dernière montée, je demande à Philippe de passer en mode “sans pitié” et de dépasser la cordée pour rattraper le temps perdu. Nous y parvenons sans problème. Florance et Ediz ont bien assurés, ce n’est pas facile de tenir le rythme à 2600m d’altitude. Mais au sommet, pas d’Anoite ni d’Éric : ils ne nous ont pas attendus, les malotrus, et sont déjà descendus.
Le cheminement étant peu cairné, nous nous orientons vers la jolie voie d’Antoine pour éviter toute erreur.
C’était encore jouable. En tout cas, je le croyais (comme au Père Noël). En accélérant la descente, nous pouvions attraper le dernier train. Mais le terrain ne se prêtait pas à une progression rapide. Nous faisons au mieux, avec des gourdes vides, en plein soleil, sans vouloir empirer la situation.
Une fois sur le GR du Balcon, nous donnons tout. Mais je vois bien les aiguilles tourner et la distance qu’il reste. À un moment, j’arrête le groupe : c’est mort. Continuer ainsi, c’est s’ajouter 6 à 7 km de descente jusqu’à Chamonix.
Florence propose de tenter quand même, au moins pour refaire le plein d’eau. On repart, un peu déçus, plus calmement. J’insiste pour relancer le rythme : sur un malentendu, ça peut passer.
Arrivés au-dessus de la gare, nous voyons le dernier train partir sous nos yeux. À dix minutes près.
Abattus au début, nous retrouvons le sourire grâce au robinet de la gare. Après une pause pour manger et boire, nous entamons la descente vers Chamonix en discutant.
Finalement, ce n’était pas si long… du moins, c’est ce que je dirais. Mes pieds, eux, n’étaient clairement pas de cet avis quand nous avons atteint le parking à 19 h 45.






