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Les Dômes de Miages

14/08/2013
Les Dômes de Miages

Traversée intégrale des Dômes de Miage depuis le refuge de Plan Glacier, 13 et 14 juillet 2013

Quel amateur de montagne n'a jamais entendu parler des Dômes de Miage, cette succession de monts enneigés au sud ouest du Mont Blanc ? On peut les apercevoir depuis la route qui conduit à la vallée de Chamonix. Côtoyant d'assez près des « grands frères » prestigieux tels que l'aiguille de Bionnassay, le Dôme du Goûter ou encore le Toit de l'Europe, pour ne citer qu'eux, ils n'en conservent pas moins toute leur majesté. Depuis leur conquête par Edmond Thomas Coleman en septembre 1858, d'innombrables amoureux des hauteurs en ont fait et en font régulièrement l'ascension. En cette veille de fête nationale 2013, nous nous apprêtons à marcher sur leurs traces.

Par ce samedi ensoleillé, nous sommes ainsi huit membres du CAF Pays de Gex pleins d'enthousiasme et d'envie d'aller à l'assaut des sommets. Notre président Antoine nous fait l'honneur de sa présence. Sur la route, une halte fructueuse au Vieux Campeur à Sallanches nous permet de compléter notre matériel et pour les plus novices d'entrer ainsi un peu mieux dans la peau de véritables alpinistes. J'achète mon premier piolet : tout un symbole ! Le point de départ situé aux Contamines Montjoie non loin de Saint Gervais les Bains est atteint à midi.

Pendant le pique nique sur le parking de la Frasse (1263 m), les voitures sont déplacées. Le point de retour sera le parking du Cugnon (1180m) également aux Contamines. En effet, nous ne faisons pas un aller-retour ce week end mais une belle et grande boucle en montagne. Un itinéraire peu usité pour les célèbres Dômes et choisi avec goût par notre chef de course et responsable alpinisme : François.

La marche d'approche se fait à une belle cadence. Il fait beau, il fait chaud. Nous croisons pas mal de marcheurs sur le chemin qui mène au Chalet du Truc : notre première halte après moins d'une heure de marche. Le chemin en forêt débouche sur une large prairie. Nous admirons alors le paysage qui s'offre à notre vue : en face de nous le glacier de Miage couronné par les cimes qui font l'objet de notre convoitise.

Une descente nous emmène ensuite aux chalets de Miage. Puis nous attaquons une montée plus raide au moyen d'un étroit sentier qui serpente au milieu des arbustes et feuillages. Cette végétation de moyenne montagne ainsi qu'un ruisseau non loin apportent une sensation rafraîchissante au cours de notre effort. Des moutons et chèvres paissent sur les hauteurs. Quelques nuages surplombent les rocs mais rien de menaçant. Encore une brève pause puis nous continuons l'ascension vers notre hébergement du soir. La flore laisse place au rocher que nous gravissons patiemment jusqu'aux premières traversées de neige.

Il est environ 17 h, le refuge de Plan Glacier approche enfin. Nous franchissons quelques rocs encore et une moraine pour rejoindre cette petite construction toute de bois flanquée contre le rocher à 2730 m. Très pittoresque avec sa terrasse et ses tissus multicolores façon tibétaine, ce refuge constitue une des curiosités du weekend. Sa jeune responsable semble le tenir d'une main de maître faisant accepter aux hôtes des moyens de fortune. Le banc se compose d'une planche, la chaise d'un bout de bois à échardes.

Vers 19 h, nous sommes une quinzaine à manger sur la terrasse. Comment se serait déroulé ce repas par temps hostile ? Surtout pour ceux qui mangent dos à la pente sur le bord du plancher ! Heureusement, pour ce qui est du repas en lui-même, il est à la hauteur de ce que nous attendions, copieux, généreux : une bonne soupe de légume pour commencer, puis une grande tartiflette très réussie pour enfin terminer sur une part de délicieux cake maison.

Arrivée au refuge de Plan Glacier

Très peu après le souper vient déjà le moment du coucher : il ne faut pas tarder vu que le réveil est programmé très tôt. Notre groupe est rassemblé au dernier étage des mezzanines du dortoir. Vers 20/21 heures nous semblons tous prêts à sombrer dans nos rêves. C'est alors que la patronne du refuge fait irruption pour nous imposer deux camarades de chambrée supplémentaires. C'est très fort de café !!! Nous passons une nuit pauvre en sommeil sous les couettes humides, serrés comme des sardines !

A trois heures et demie le réveil retentit. Miracle : j'ai réussi à m'assoupir vers la fin et je me sens presque en forme ! D'autres comme Sylvain ou Denis qui eux ne dormaient déjà plus quittent leur matelas avec soulagement. Et en définitive même si peu ont bien dormi, tous semblent de bonne humeur à la table du petit déjeuner. De la terrasse, les étoiles brillent au dessus de la neige.

Nous levons le camp à 4h30 en ce jour (ou plutôt nuit) du 14 juillet, crampons aux pieds. Nous constituons 3 cordées. François, et le couple Sophie et Sylvain partent en premier, Antoine et moi les suivons, puis Alexis menant Eric et Denis. Nous grimpons dans la neige au dessus du refuge et admirons, tout à fait sur notre droite, un autre groupe empruntant un grand versant de neige d'apparence abrupte pour rejoindre d'une façon plus directe les Dômes de Miage. Par cette nuit claire, les halos de leurs lampes frontales s'élèvent rapidement sur la paroi neigeuse.

En ce qui nous concerne, la traversée commence de façon chaotique, quelques soucis techniques dans la cordée d'Alexis : réglage de corde, de crampons. Après ces contretemps initiaux, nous avançons par la suite à allure régulière. Au bout de peu de temps nous déchaussons nos crampons pour une longue montée dans les rochers. Vers 8 h du matin, nous atteignons ainsi une étape clef : le refuge de Durier. Petit et rustique lui aussi mais reposant sur du plat cette fois-ci. Deux pertes matérielles sont à déplorer à ce moment : la lampe frontale d'Alexis que nous avons vu, spectateurs impuissants, dégringoler sur la neige puis s'éteindre. Et puis mes lunettes qui ont volé dans l'abîme de rebond en rebond sans chance d'être rattrapées !

Début des Dômes en venant du refuge Durier

Nous frappons à la porte du refuge et recevons un accueil pour le moins particulier. Nous venons de réveiller la jeune patronne des lieux, qui nous prévient de façon assez hostile qu'elle a déjà du monde pour le soir. En témoigne une magnifique tarte aux pommes préparée par ses soins sur le coin de la table. Soucieux de gagner ses bonnes faveurs, nous expliquons que nous ne faisons qu'une halte et buvons un thé qui nous apporte un grand réconfort. La jeune femme se radoucit entre temps. Elle trouve même une paire de lunettes de glacier oubliées par un alpiniste qu'elle me tend : je suis sauvée !

Au dehors, le paysage est splendide : derrière nous le glacier de Miage français puis les Contamines avec en fond les Aravis. Sur la gauche, le massif du Mont Blanc : Dôme du Goûter, Mont Blanc…, devant nous le glacier de Miage italien et à notre droite l'arête qui mène vers les Dômes de Miage que nous allons gravir. Nous avons atteint le seuil qui conduit au spectaculaire ! Commence alors une suite d'arêtes et de sommets qui est tout sauf monotone. Nous atteignons le premier puis le point culminant des Dômes assez rapidement. Nous sommes à 3673 mètres. Nous alternons montée, descente, rocher, neige…

Certains passages techniques en rocher occasionnent quelques inquiétudes aux moins expérimentés (dont je fais partie). Ici avoir le vertige n'est pas de mise ! L'assurance et la patience des premiers de cordée nous réconfortent toutefois. Comme Sophie le dit en plaisantant, pour nous les « débutantes » cette aventure évoque un stage de dépassement de soi. C'est peut être bien ça la montagne ? Nous peinons quelques fois mais tâchons de garder le rythme et de faire bonne figure devant nos infatigables encadrants : Antoine, François et Alexis. Les cordées ont peu d'écarts entre elles : solidaires. Chaque sommet est une petite victoire.

Le soleil resplendit sans pour autant brûler. Les Dômes sont des pyramides blanches sculptées par la nature dont on peu admirer les lignes avant de les redessiner de nos pas. Les étendues de neige sont si vastes et vierges de traces sur chacun de nos côtés qu'elles nous procurent un sentiment d'absolu. Suite à une réflexion d'Antoine, nous imaginons les gens de la vallée pouvant apercevoir nos silhouettes minuscules sur l'arête. Nous prenons alors conscience de notre chance d'être là et dans ces conditions.

A midi vers le 4e dôme, nous mangeons notre casse croûte sans nous attarder outre mesure. Nous nous élançons vers le dernier Dôme suivi de l'aiguille de la Bérangère. Les passages techniques touchent à leur fin, restent deux belles pentes de neige à gravir. Les piolets ne chôment pas. Toujours sur l'arête, nous continuons de contempler le panorama à 360 degrés. Après le dernier Dôme, François nous explique que nous ne sommes qu'à 20 mètres de la pointe de la Bérangère (3425 m). Nous demeurons perplexes face à cette affirmation optimiste. Finalement après avoir gravi peut être encore 100 mètres de dénivelé nous arrivons à ce dernier mais non moins beau sommet. Le pieux mensonge aura tout de même eu le mérite de nous redonner un peu de courage quand ce dernier menaçait de faiblir !

Il est environ 14 heures : notre épique traversée des Dômes s'achève. Elle restera sans doute dans nos mémoires pendant longtemps.

Agathe sur les Dômes

S'amorce alors la descente vers le refuge des Conscrits. Nous nous décordons, « décramponnons ». Et nous relâchons de façon plus ultime en descendant les immenses pentes de neige où il ferait bon skier. Quelques bonnes glissades sur les fesses, en mode luge sans luge, nous font goûter la neige. Tant mieux nous commencions à avoir chaud. Après environ une heure de descente nous atteignons ce nouveau refuge dont l'aspect moderne et confortable tranche de façon nette avec ce que nous avons vu auparavant. Nous nous y séparons de deux de nos compagnons : Antoine et François. En effet, une journée supplémentaire dans les sommets les attend le lendemain. Mais pour ce qui est de nous les six autres, reste à venir dans l'immédiat une conséquente marche qui achèvera de nous faire descendre au total plus de 2000 mètres de dénivelé dans la journée !

Trois heures nous attendent selon les estimations d'Antoine et François pour atteindre le Cugnon. Bien sûr il nous en faudra nettement plus. Tout d'abord car, au début, nous sommes légèrement incertains quant au chemin. Ensuite parce que la ténacité pour laquelle nous a remercié Antoine à la terrasse des Conscrits commence à nous faire défaut lorsque la difficulté diminue et que la fin approche.

Encore un nouveau panorama, encore un plaisir pour les yeux dans un style différent. Sur notre gauche en contrebas, une moraine succède au glacier de Tré-la-Tête au fond d'une vallée toute de gris vêtue. De part et d'autre, des montagnes verdoyantes. Fini la haute montagne, place à la végétation, aux marmottes que les plus observateurs d'entre nous aperçoivent près des rochers. Nous traversons une longue passerelle suspendue pour rejoindre un autre flanc de la montagne. Enfin un nouvel abîme se présente entre nous et le refuge de Tré-la-Tête au loin qui constitue notre point de mire : le dernier repère avant le Cugnon. Alexis, dernier encadrant encore en lice, est formel, une seule solution : remonter vers les rocs et la neige pour traverser un cours d'eau au dessus du « Mauvais Pas ». Un peu décourageant quand la lassitude commence à pointer son nez. Après confirmation par des randonneurs venant en sens inverse, nous grimpons donc vers ce passage qui est finalement vite atteint et n'a rien heureusement de mauvais.

Petite pause face au Mt Blanc

Puis nous redescendons à nouveau vers des paysages plus riants. Cependant, si ce n'est rien comparé à ce que nous avons connu là haut, ce sentier que nous suivons grâce aux points bleus sur les pierres réserve encore des péripéties. Nous marchons dans les ruisseaux, nous escaladons des rochers -équipés de cordes cette fois-ci. Eric caracole en tête. Nous croisons pas mal d'alpinistes qui montent aux Conscrits pour la nuit. Le décor est bucolique, agrémenté de rhododendrons. C'est un peu la détente. Mais nos sacs à dos commencent à nous peser et nos pieds à nous faire mal.

Il est 17 h, nous sommes en marche depuis de nombreuses heures. Nous approchons le dernier refuge étape. Nous y rencontrons un guide valaisan déjà croisé à l'aller : plein de bonne humeur, il nous félicite pour notre course avec son accent très chantant. Je pense que nous nous croyons tous en droit d'obtenir des félicitations à ce moment là. Enfin nous prenons le dernier sentier qui descend au parking du Cugnon. Le panneau indique 1 h 20, le guide valaisan 45 minutes. Il nous faudra bien : 1 h 20 ! Que ce soit les genoux ou les pieds, sentant l'imminence du repos notre corps commence à dire stop !

Toutes les meilleures choses ont une fin. La grande boucle finit par être bouclée.

Assis sur le parking, à 20 h, nous sommes exténués mais nous avons tous le sourire. La sortie fut ensoleillée, longue, pleine de rebondissements et de beauté ! Les feux d'artifices paraîtront sans doute fades à nos yeux de retour dans le pays de Gex. Les Dômes de Miage nous ont éblouis.

photos : Antoine Hue






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