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École de neige - École de glace 2015

13/09/2015
École de neige - École de glace 2015

Le tant attendu week-end du 29 Mai 2015 : deux jours de formation à la suite dans un cadre idyllique. Modules organisés par François Cuvelier, encadrés sur le terrain par Marc Favre, Guide de Haute Montagne.

Inscrits à la dernière minute, nous bénéficions des dernières places. Une grande première pour des initiés tardifs qui ne vont pas le regretter. Voici donc le récit de notre week-end de formation.

Jour 1 : école de neige

Départ le Samedi au petit matin depuis le bureau de Saint-Genis-Pouilly. Nous y retrouvons des passionnés que pour la plupart nous ne connaissons pas encore. Une courte présentation, une répartition du matériel et nous sommes en chemin pour Chamonix, en covoiturage bien entendu. Arrivés 1h30 plus tard, l'air frais du matin dissipe les dernières traces de sommeil. Les deux petits nouveaux que nous sommes traînent la pâte… Un piolet qui dépasse, une paire de chaussure à sortir du sac, un casse-croûte un peu trop fourni à réorganiser… Dans l'espoir de prendre le premier téléphérique de la journée, il nous faut faire vite ! D'autant plus qu'en ce petit matin de Mai, les montagnards de tous poils semblent s'être donnés rendez-vous et se pressent déjà à l'entrée des lieux. La file est interminable, touristes en jogging côtoyant chamoniards aguerris. C'est à cet instant que l'annonce tombe : le premier départ est retardé d'une demi-heure. Toujours une bonne occasion pour nous de prendre un café avec un croissant… !
Enfin, nous embarquons : destination le Plan de l'Aiguille du Midi. L'ascension est rapide et ponctuée de numéros de voltige sur câble qui nous réchauffent le cœur.

Quelques degrés de moins et un soleil étincelant nous accueillent. Nous sommes 12 participants et la journée s'annonce particulièrement belle. Une marche de quelques minutes nous conduit au site choisi par Marc, notre guide, pour débuter l'entrainement. La zone est recouverte de neige avec par endroit quelques trous d'herbes. Une table de pierre fera un parfait endroit pour garder nos sacs et casser la croûte (nous y pensons déjà !).
Nous rentrons dans le vif du sujet : en cercle autour de Marc, celui-ci nous explique le déroulement de la journée. Au programme, les bases techniques de l'encordement, la descente en pente raide et les bases techniques de mouflage sur neige le matin. L'après-midi sera encore plus dynamique et nous réservera quelques surprises : enrayer glissades et chutes sur neige… !

Lors du premier exercice d'encordement nous travaillons en trinôme. Par la suite, le travail se fait principalement par binôme. Alors que nous lions et délions les segments de cordes, le voile de brume autour de nous, diffusant la lumière dorée du levant, se dissipe peu à peu pour révéler l'incroyable paysage qui nous entoure. Nous prenons conscience de l'altitude en découvrant le fond de la vallée, quelques 1900 m plus bas.
Nous découvrons le maître mot de la progression en alpinisme : adaptation. Le terrain évolue constamment et la difficulté première consiste à choisir la meilleure combinaison de techniques pour progresser. « Plus la zone est plate et crevassée, plus on met de distance. Quand la pente est raide et le risque de dévissage important, on prend court. » S'en suivent l'encordement en N et l'encordement en M accompagné de sa variante en « téléphérique » ; notre première rencontre avec le nœud de chaise (sur lequel on ne peut malheureusement pas s'asseoir !), les anneaux de bustes, ainsi que les réserves de corde en sac et autres oreilles de cocker ! Un nouveau monde de terminologie exotique pour nous qui, il faut l'avouer, semble à l'usage d'une efficacité remarquable !

La deuxième partie de la matinée est consacrée à la descente de pente enneigée. Une belle bosse à proximité conviendra parfaitement. C'est timidement que nous nous familiarisons avec la technique du « corps-mort ». Ou comment se sécuriser en descente sans un gramme de plus. Car ce qui nous aura le plus marqué durant ces deux jours, c'est bien la prodigieuse capacité du montagnard à innover en l'absence de matériel !
Appliqués, nous creusons et creusons encore la neige, dégageant la fondante pour atteindre la cassante et y laisser une profonde empreinte… de la largeur d'un piolet. En pensant bien à aménager un sillon perpendiculaire pour la corde, on dispose son piolet lié au centre à la corde par un « simple » cabestan. Après avoir recouvert l'ensemble et bien tassé avec le pied la zone et son pourtour, on s'encorde à l'autre bout. Une fois la corde en tension, on est prêt à descendre sereinement notre jolie pente. « Sereinement » c'est beaucoup dire lors de la première… Les quelques rochers en contre-bas, bien qu'hors du couloir de chute, nous lancent un avertissement peu engageant. Marc nous fait alors une démonstration digne d'un prestidigitateur. Profitant des quelques minutes où nous pratiquions, il mit en place un point d'ancrage dans la neige. Testant la solidité de ce dernier, ce n'est pas moins de trois des grands costaud du groupe qui s'acharnent sur la corde, jouant de leur bras et de leur poids pour le faire céder. Mais rien n'y fait : grâce au savoir-faire de son poseur, le très ordinaire « tas de neige en sac de nylon sous un tas de neige » prit des allures d'extraordinaire ! Une dernière technique, non moins sensationnelle, vient clore la matinée… L'évolution de la descente en corps-mort sur piolet : « le piolet à retour automatique débrayable » ! Car en effet, laisser un piolet à chaque pente est peu économique…

Le casse-croûte s'impose alors. L'occasion de se connaitre un peu mieux au sein du groupe. Ayant récemment rejoints le CAF, nous ne connaissons que quelques visages de la salle d'escalade et c'est avec enthousiasme que nous échangeons les uns les autres sur notre pratique de la montagne. S'en suivent quelques photos, une tournée de thé et une courte discussion houleuse sur les pratiques de certains groupes de guides dans la vallée.
Le début d'après-midi est dédié aux techniques de mouflage sur corps mort et ancre à neige. À l'aide d'une savante combinaison de poulie bloquante, ti-bloc et machards, remonter un compagnon en difficulté ne pose pas plus de problème que de soulever un sac bien chargé. L'évolution de la démultiplication des forces entre les différentes techniques nous impressionne.

Le soleil entame déjà sa lente chute lorsque nous repartons en direction du sommet d'une bosse enneigée. Prochain exercice, l'enrayage de chute sur neige. Nous établissons un binôme tournant, Marc se joignant à nous. Encordés, piolet en main, nous simulons une chute du premier de cordée en début de pente avec prise de vitesse. Marc se donne à cœur joie à l'exercice, entraînant Florian par trois fois au bas de la pente. C'est finalement au quatrième essai que Marc se pose sur les genoux pour lui permettre, haletant, de s'ancrer pour faire la manip de mouflage. Non sans difficulté ! Puis c'est au tour d'Anne-Lise, assistée par Marc et lestée par Florian, de s'exercer. Nos combinaisons jogging légers/après-ski, ayant courageusement assuré leur fonction jusque-là, commencent à montrer quelques signes de faiblesse… Mais qu'importe, un nouvel exercice nous attend. Marc nous fait maintenant découvrir la glissade sur neige : debout sur les talons, puis assis avec piolet, sur le ventre et enfin à l'envers sur le dos pour les plus téméraires.

C'est l'occasion de quelques bonnes sensations fortes pour tout le groupe, alors que chacun laisse resurgir l'enfant qui est en lui. Un dernier exercice, des plus joyeux, vient clôturer la journée : parer la chute d'un leader escaladant un surplomb. Le second, ganté, est assis talon plantés dans la neige, un brin de corde autour du bassin tandis que le leader s'élance quelques mètres plus haut sur une luge rattachée à la corde. Le leader tentant d'aller le plus vite possible sans lâcher la luge. Le second usant de son poids et dosant le frein pour stopper son compagnon. L'objectif commun étant d'éviter la baignade dans un lac blanc une cinquantaine de mètres plus bas… ! Malgré de nombreuses tentatives des uns et des autres, aucun participant ne s'est pourtant retrouvé « le bec dans l'eau ».

Nos pantalons sont maintenant de véritables éponges, il nous faudra prendre plus de précautions pour le lendemain. Absorbés par notre activité de glissade, l'heure nous a échappée et c'est au petit pas de course que nous atteignons un à un la gare pour redescendre dans la vallée avec le dernier téléphérique de 17h30.
De retour à Chamonix, le groupe se met en route pour l'apéritif afin de revivre autour d'un verre les éléments marquants de la journée. Nous deux, nous avions décidé de dormir sur place à la fois pour profiter du cadre agréable et ne pas se lever à l'aube le lendemain. Nous nous séparons du groupe en quête d'un équipement plus adapté. Nous remarquons sur le trajet un mur d'escalade et regrettons de ne pas avoir emporté notre équipement. Mais la journée fut bien remplie et le confort d'une auberge locale a vite fait de nous réconforter.

Jour 2 : école de glace

Nous nous retrouvons sur le parking de la gare à 8h. Forts des expériences de la veille, nous avons hâte de découvrir ce que cette nouvelle journée nous réserve. Nous ne sommes plus que 9 participants parmi les 12 de la veille mais l'atmosphère est tout aussi joyeuse et énergique, même si personne n'aurait été contre quelques heures de sommeil supplémentaires. Le temps est encore plus clair que la veille. Le petit train rouge à crémaillère démarre dans un bruit de jet d'air sous pression. La lente ascension commence à travers la forêt. Calés au fond de la voiture, les membres du groupe discutent entre eux. Marc nous dévoile alors le programme de la journée. Il y aura cette fois-ci une vraie marche d'approche jusqu'au site de manips mais nous sommes mieux équipés que la veille avec pantalon d'alpinisme et chaussures cramponnables. Les derniers crissements métalliques signalent l'arrivée du train. Rapidement, nous sortons afin de devancer les groupes de touristes.
Tous deux peu à l'aise dans nos nouvelles chaussures rigides, nous entamons la descente d'un pas boiteux mais sans appréhension. Très vite nous sommes sur les premiers barreaux des fameuses échelles de la Mer de Glace.

Anne-Lise préfère s'encorder avec notre guide. Maintenant que nous sommes habitués à la sécurité relative d'une corde, la descente un peu aérienne nous laisse comme un goût de risque. Lentement, un pas après l'autre, les mains alternant de barreau en barreau, on se rapproche de l'immensité visible en contrebas. « Respire calmement, ne te crispe pas, ne regarde que les barreaux ». Voilà nos seules pensées. Le sacs-à-dos nous force à modifier notre équilibre alors même que nous essayons de nier les moindres vibrations du métal pliant sous notre poids et celui de ceux qui nous suivent.
La première émotion de la journée s'achève au bas de la moraine, où le groupe s'attend. Quelques gorgées d'eau et nous faisons les premiers pas de notre vie sur l'étendue de glace la plus connue d'Europe : la Mer de Glace !

La glace transparaît d'un bleu luisant aux travers des graviers de roche qui la recouvrent. Anne-Lise en tête, nous marchons tous en file indienne dans les pas de notre guide. En regardant où l'on met les pieds, des gravas de roches défilent sous nos yeux. Incrustés dans la glace, celle-ci les illumine sous tous les angles. Cela laisse Florian rêveur. « C'est comme des présentoirs de luxe pour roches ! Le bonheur du géologue … ? ». Une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons sur site. Nous posons les sacs, enfilons les crampons et nous échauffons au petit pas de course sur une vingtaine de mètres. À cet instant nous ne savons pas qu'un an plus tôt la jambe d'un de nos camarades avait traversé une couche de glace fragilisée… (Petit frisson). Nous travaillons ensuite le placement des pieds lors de la progression sur pente douce. En avant, en arrière, sur le côté… Les cuisses fument et l'exercice nous semble très technique ! La série d'exercices suivante nous fait manier le piolet en plus des crampons. La gestion du poids sur les points d'appui est très intéressante. S'en suivent des aller-venues en montée et en descente le long des parois très douces d'une petite crevasse. Descente de face, pas-chassés, pas-croisés, il y en a pour tous les goûts. Marc nous présente en détail les différents types et usages de piolets avant de nous montrer la progression diagonale avec trois appui (deux pieds un piolet). Malgré les guêtres, un geste maladroit de Florian a tôt fait d'entailler son joli pantalon de location… Diantre !

Nous cassons la croûte sur de gros blocs de pierres transportés par le glacier, l'occasion de saisir tout le sensationnel du paysage qui nous entoure… et d'en rappeler la fragilité ! Marc en profite pour déballer son étonnant matériel de glaciériste. L'après-midi est en effet consacré à l'utilisation des broches à glace.
Après nous avoir détaillé son équipement, Marc nous montre comment créer un point d'ancrage en prenant soin de tester la qualité de la glace. Avec deux broches, nous essayons chacun notre tour de fixer un relais sur une pente faible. Ce même type de relais pourrait être utilisé en progression verticale, comme en cascade de glace par exemple. La suite nous laisse incrédule : « et si jamais, arrivé en haut de votre cascade, vous n'avez plus assez de broches ? ». Quid du test de résistance d'un cylindre d'acier planté de quelques centimètres dans une glace incertaine, sensé supporter votre poids ? La technique de Vitaly Abalakov est époustouflante : quoi de plus résistant qu'une colonne de glace dégagée par une lunule à même la paroi ? Et quoi de plus économique ! Avec une broche, une cordelette et un crochet nous installons notre ancrage et le testons. Il finit par lâcher après quelques tentatives, l'angle étant trop ouvert et la lunule peu profonde.

Les tests de résistance de Marc, forçant sur son propre Abalakov, nous impressionnent. Un jour peut-être accepterons-nous de descendre en rappel sur ce type d'ancrage… Mais pour aujourd'hui, il est déjà l'heure de rebrousser chemin. Le soleil passe derrière les pics alentours et un grand nombre de randonneurs se dirige déjà vers les échelles pour prendre les derniers trains jusqu'à Chamonix. Un dernier tour d'illusionniste achève de nous émerveiller : le nœud « du fou » ou plutôt de Guy Dufour. Impossible alors de ne pas imaginer la terrible combinaison Abalakof/Dufour en paroi, à quelques dizaines de mètres au-dessus du sol… De quoi avoir des frissons tout l'été malgré la canicule !






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