Actualité

Ski de randonnée

A la rencontre d'Alain Duclos

01/03/2009
A la rencontre d'Alain Duclos

Les impératifs de sécurité et de qualité de la fédération poussent tous les encadrants
à se recycler tous les 5 ans. Recyclage, ce terme n’est pas forcément le mieux choisi
car il nous rappelle les boîtes en cartons et autres bouteilles que nous glissons dans
les bacs recyclage en nous salissant les mains avec des reliquats de jus d’orange, de
bière et de lait.

Et pourtant, ces 31 janvier et 1er février 2009, le recyclage FFCAM ski nous conduit à
une rencontre des plus intéressantes avec Alain Duclos, spécialiste des avalanches.

Samedi - Terrain, neige et soleil

Alain est un homme de terrain, il a commencé comme pisteur-secouriste-artificier à
Valfréjus il y a 20 ans. Comprendre les déclenchements d’avalanches l’a conduit à
effectuer un doctorat en géographie puis à devenir responsable-expert
pour des procédures telles que le fameux PIDA (Plan d’Intervention pour le Déclenchement d’Avalanches). Nous avons la chance de l’avoir sous la main pour 2 jours de formation, d’approfondissement et de curiosité.

Dès samedi 9h, l’homme de terrain se ressent, « On prend les skis, on monte au sommet des pistes à 2700m et on va observer la neige ». C’est parti pour une journée d’exploration et de dialogues intenses. A l’arrivée des bennes de Punta Bagna, la séance de dissection commence : « Pourquoi êtes vous venu ? ». Les réponses sont variées mais révèlent les préoccupations des initiateurs, du « Pour me remettre dans le bain » au « Pour ne pas trop dire de conneries ».

Puis vient la sempiternelle mais oh combien importante question « Quel est le risque ici ? ». S’ensuit un long débat sur l’évaluation globale du danger d’avalanches et les conséquences sur la conduite d’une sortie en ski de randonnée.

A la suite de cet échange, nous nous déplaçons hors pistes dans un vallon sous le col du Fréjus. Les questions continuent « Combien de neige sous nos pieds dans ce vallon ? » Finalement, moins que l’on ne pensait. « Quelle est la température de l’air ? », réponse générale et juste, « -5 degrés ». « Quelle est la température de la surface de la neige ? », réponse erronée pour la majorité d’entre nous qui pensent que la neige est à la même température que l’air alors qu’elle est 10 degrés en dessous. Le but d’Alain est de nous faire comprendre qu’il faut se méfier de nos impressions.

Tout le monde se trompe sur l’évaluation de la quantité de neige et de la température ; et pourtant, ce sont des paramètres fondamentaux pour l’analyse d’un manteau neigeux. Le phénomène est traduit scientifiquement par le gradient de température et le diagramme de métamorphose de la neige depuis la neige fraiche jusqu’au grain rond ou au gobelet. Ce dernier étant une source connue d’instabilité du manteau neigeux.

« Quel est le risque ici ? »

Pour démontrer plus encore la difficulté à évaluer la stabilité de la neige, Alain nous fait creuser non pas un trou mais une tranchée de 15m de long dans la neige. Nous pouvons observer une variation d’épaisseur avec 15cm sur un rocher affleurant, plus de 180cm au cotés du rocher et 80cm loin du rocher. Bien entendu, la structure et la fragilité du manteau neigeux ne sont pas les mêmes aux divers endroits qui ne sont éloignés que de quelques mètres.

La leçon à retenir est d’éviter les généralisation abusives et les erreurs de logique lorsque l’on évalue le danger : « pas de marques de danger » ne signifie pas « pas de danger ici ou près d’ici ». Par contre, si une telle marque est repérée, il faut agir de suite.

Après avoir avalé un sandwich, la journée continue par l’ascension du Grand Argentier (3042m). C’est l’occasion de réviser ses compétences en gestion de groupe, distances de sécurité et raideur de la trace. Le paysage du sommet est une récompense pour nos efforts avec un panorama du Mont Blanc au Mont Viso.

Changement de versant, nous basculons au sud pour contourner le socle des Grand et Petit Argentiers. Le but est d’observer les changements de neige, de choisir les pentes qui allient plaisir et sécurité. Il faut pour cela repérer des ilots de sécurité sur lesquels le groupe peut se rassembler.

Nouvelle tranchée dans la neige, c’est le moment de l’interrogation orale sur les différents cristaux. Dans ce vallon, beaucoup de grains fins mais aussi des gobelets près des rochers. Au final rien d’inquiétant. Nous continuons donc la rando dans des combes débonnaires mais où la neige est agréable et soyeuse. Vient une traversée pour rejoindre les pistes de Val-Fréjus. Le baton s’enfonce facilement, jusqu’au sol et il semble même y avoir des trous. Nous sommes sur une neige sans aucune consistence, principalement des gobelets. Sans être en danger, nous sommes surpris car les pentes sont exposées au soleil même si partiellement masquées par les sommets environnants.

De retour au gite, la journée continue avec présentation de cas réels d’avalanches tirés de la base Data-Avalanche.com. Les discussions sont passionnées, chacun peut apporter son expérience et ses compétences comme Olivier en physique. 21h30, enfin, nous sommes libres et pouvons nous reposer.

Dimanche - Au secours !

La journée du dimanche est consacrée au secours en avalanches. Le premier atelier est la recherche d’ARVA en individuel. Pendant ce temps, Alain Duclos nous prépare une surprise. Rendez-vous est donné à 12h en haut des remontées mécaniques.

Le temps a changé, la plaine du Pô nous envoit des nuages, il neigeote. Et c’est dans le brouillard qu’Alain nous emmène sur les lieux d’une avalanche ancienne au pied du Petit Argentier. Jacques, jouant la victime, nous averti que 3 de ces amis sont ensevelis sous la neige. Le chrono est déclenché. Il faut s’organiser pour couvrir l’avalanche. Le terrain est chaotique, il fait froid, il y a du vent et du brouillard et donc les conditions nous paraissent le plus réelles possibles pour un exercice. Après un bon quart d’heure, les trois ARVAs sont dégagés. C’est encore trop.

Recherche fine avec ARVA

Alain part chercher l’autre moitié du groupe qui effectuera le même exercice. Nous replaçons les ARVAs, les voilà, chrono. Deux ARVAs sont dégagés. Mais il n’y a plus d’échos du troisième qui est pourtant près d’un autres. Ce n’est pas une erreur de manipulation mais des piles faibles qui nous obligent à faire une recherche par sondage. Heureusement, la zone de recherche est petite. Malgé tout, il nous faudra bien une demi-heure pour retrouver le sac et l’appareil.

Retour au gite pour un de-briefing et pour les dernières questions. Au final, nous avons reçu énormément d’informations, nous avons pu réfléchir et prendre du recul sur les risques en montagne. Et cela dans l’esprit dicté par Alain : « Je ne vous donnerais pas de trucs pour vous rassurer ». Le terme de recyclage, parait alors vraiment inadapté, celui de formation continue convient mieux et illustre l’état d’esprit qui doit animer les initiateurs et tous les pratiquants de sports en montagne.






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